Mathieu Jacomy depuis le Médialab de Sciences-Po vient de publier son algorithme Forceatlas2. Accessible depuis GEPHI, l’algorithme de spatialisation des données vient enrichir une palette déjà fournie d’instruments de traitement des données de graphes dans laquelle on trouve des filtres statistiques et de seuillage, des algorithmes de calcul de métriques et des algorithmes de spatialisation à partir desquels sont construites la plupart des cartes de l’Atelier.
Car un maître en algorithmes est à coup sûr un personnage important d’un Atelier de Cartographie, peut être le plus important. A l’image des bricoleurs de génie des Ateliers renaissants, il doit maîtriser simultanément plusieurs arts spécialisés pour les fusionner dans ce bout de code qu’est l’algorithme, et le rendre accessible publiquement. En tant qu’ingénieur, il s’agit d’enrichir un process de traitement de l’information et donc un construire un flux inédit, si possible robuste et implémenté dans une plate-forme ouverte comme GEPHI. En tant que chercheur, il s’agit d’explorer de nouvelles pistes logiques qui permettront aux données de s’agréger ou de s’éloigner, de faire naître de la centralité ou de la périphérie, de la dispersion ou de la concentration en clusters, à la mesure des forces d’attraction ou de répulsion générées. Dans ce champ de compétences précieuses, chacun des Maîtres développe sa propre voie, certains préférant l’originalité des calculs de structures (Hugo Zanghi), d’autres la recherche de formats d’exportation nouveaux (Alexis Jacomy), la production de métriques originales (linkfluence) ou encore l’implémentation de procédures issues des plus récentes recherches au niveau mondial (Mathieu Bastian et OpenOrd).

Mais, surtout, en tant qu’artisan fabriquant d’instruments d’exploration et d’analyse de la complexité, Mathieu fait partie de cette corporation précieuse qui, en permanence, à l’écran comme sur papier, teste, réajuste, lisse les contours fonctionnels des algorithmes qui donneront vie aux cartes de l’information ou aux visualisations de graphes. Les algorithmes de spatialisation des données sont un concentré remarquable d’intelligence, embarquée et profilée pour nos usages. Mais, Mathieu n’agit pas à notre place : l’algorithme est paramétrable (comme la plupart des autres) selon une alchimie où chacun doit régler la rencontre de forces contradictoires. Forceatlas2 ne prendra sa valeur qu’à l’aune des multiples corpus qui viendront s’y structurer et de l’expérience accumulée par les utilisateurs. A l’interface des statistiques et de la visualisation, de l’ingénierie et de la réflexion théorique, des données et des cartes, les Maîtres des algorithmes officient dans un espace peu visible des instruments de découverte, à une époque où l’on préfèrera venter la découverte de nouvelles données plutôt que de communiquer sur les outils qui en permettent l’exploitation. Mais, dans l’univers feutré des ateliers de graphes et de cartes, ce sont les Maîtres de la représentation.