Il y a de quoi être étonné par tous les usages liés à l’utilisation de GEPHI et au succès d’une technologie véritablement profilée pour la cartographie de l’information. Rien qu’en se limitant à Youtube, les exemples d’utilisation ne manquent pas : visualisation de sa navigation sur le web en temps réel,  analyse de son réseau social sur Tweeterdonnées d’essai d’une formule 1 Vodafone Mclaren ou encore le « social graph » du « Marvel Universe ». GEPHI est une technologie, largement reconnue aujourd’hui, mais aussi et surtout le produit d’une aventure humaine et d’un travail collectif qui dépasse, et de loin, les communautés de chercheurs en Social Network Analysis (SNA), l’Infovis ou les « sciences du complexe ». Le « cœur » de GEPHI est constitué de Mathieu Jacomy (Medialab de Sciences-Po) qui développe le premier prototype en 2006, de Mathieu Bastian (LinkedIn – Inmaps) qui est reste le  « lead-developer » ou le garant du code et de Sébastien Heymann (ingénieur UTC en 2008, aujourd’hui au Lip6 dans l’équipe de M.Lattapy) le community manager de l’univers GEPHI. L’idée lui est venue en 2008 pendant ses études à l’U.T.C. en compagnie de Mathieu Bastian d’endosser ce rôle qui le place aujourd’hui au centre d’une communauté très largement internationale. Le travail n’est de tout repos : développer de nouvelles relations, entretenir les plus anciennes, chez les développeurs comme les usagers, rechercher des partenaires privés ou publics, imaginer une stratégie de communication, maintenir le site, le Blog, le Wiki, le site dédié au format de GEPHI le GEXF… Sébastien est un inlassable globe-trotter et on le voit dans de nombreux endroits du monde où l’on traite des questions de visualisation de graphe et d’exploration de grandes masses de données : à Vienne, à San Jose en Californie, en Italie, à Londres ou à Barcelone où il anime des workshops, présente des analyse de données et développe des partenariats avec des structures de recherche ou des communautés spécifiques, comme celle de K.Borner (mapping des sciences à Bloomington) ou la République des Lettres à Stanford.

Un Consortium pour une technologie open-source. En son principe, GEPHI est conçu comme une technologie modulaire (« briques » autonomes et assemblées qui dialoguent via des API) et dont la version 0.7 Beta a été téléchargée plus de 60.000 fois. Le développement de GEPHI était au départ orienté pour produire des cartographies web de liens hypertextes entre des URL (par exemple couplé au Navicrawler) mais le logiciel a rapidement conquis d’autres champs scientifiques confrontés, eux aussi, aux multiples dimensions des réseaux (la biologie, les sciences de l’environnement, la sociologie, l’ingénierie des systèmes complexes…). Une « road-map » fixe déjà certaines grandes orientations en termes de développements futurs mais les fondateurs ont décidé en 2010 de créer le Consortium-GEPHI, une formule collégiale et ouverte qui permet d’agréger dans une structure d’orientation du projet de nombreux acteurs (personnes physiques et morales, institutions publiques ou entreprises comme récemment Nodus Labs. Cette structure de gouvernance ouverte est aujourd’hui vitale pour assurer au projet open-source son périmètre juridique et sa pérennité qui ne peut reposer que sur le dynamisme d’une communauté de contributeurs, de développeurs et d’usagers. Car le projet GEPHI doit, depuis toujours, trouver son autonomie en dehors de tout financement de l’Etat (comme les appels d’offres de l’ANR), de toute aide directe d’organismes de recherche particulier (comme les EPST ou les Instituts du CNRS) ou de programmes régionaux comme européens. GEPHI est le produit d’une communauté et d’une volonté collective qui a trouvé, çà et là au cours des trois dernières années, des acteurs sensibilisés à la démarche et qui ont su dégager du « temps ingénieur » pour que le logiciel se développe : (Webatlas, Linkfluence, le programme TIC-Migrations, le Medialab de Sciences-Po mais aussi l’INIST, du temps où l’innovation importait pour cet organisme). Mais c’est Google, via le Google Summer of Code qui a contribué de façon décisive au développement de certaines « briques » aujourd’hui indispensables aux travaux de cartographie de l’information. GEPHI a été sélectionné en 2011 pour la troisième fois consécutive au célèbre Google Summer Of Code et 7 étudiants ont vu leurs travaux pour GEPHI financés par Google (quatre étudiants en 2009, six en 2010). La nouveauté de cette année consacre un peu plus la notoriété de GEPHI : les travaux de développement réalisés par les étudiants via le GSOC se ont été encadrés par des « mentors » de renommée mondiale comme E. Adar et et C. Tominski. C’est ainsi que, dans les années précédentes, Jérémy Subtil a développé le Preview dans GEPHI et l’export SVG et Eduardo Ramos le Data Laboratory, autant de fonctionnalités aujourd’hui indispensables aux usagers de GEPHI. C’est donc maintenant via le Consortium que les énergies seront concentrées, sans imposer à priori d’orientations dans un esprit pragmatique. Sébastien Heymann et Mathieu Bastian conçoivent d’ailleurs une part de l’activité du Consortium comme du « soutien logistique » à toute initiative spontanée dans le monde liée aux usages de GEPHI, comme le développement actuel des Workshops GEPHI en Californie ou à Berlin récemment.

Ce succès (notamment aux Etats-Unis) s’explique autant par les qualités humaines que techniques impliquées dans le projet. Le DUKE AWARD reçu en 2010 à JavaOne consacre GEPHI comme l’un des outils leaders de la visualisation de graphes au niveau mondial dans la catégorie Innovative Technical Data Visualization mais j’aime à penser que, au-delà, c’est bien toute une communauté et le travail d’animation de Sébastien qui a ont ainsi été récompensés.