Visir entre dans sa seconde phase. Ce projet que je mène avec l’équipe du pôle de compétitivité Images et Réseaux depuis plus d’un an passe un cap important avec l’intégration des données dans un dispositif original développé par Linkfluence, le « RADAR du pôle », et qui sera déployé au printemps prochain auprès des adhérents. « Visir-phase 2 » a été présenté officiellement jeudi 26 janvier dernier par Bretrand Guilbaud lors de l’assemblée annuelle des pôles de compétitivité à Bercy à l’occasion d’une table ronde ayant pour thème « Comment créer de la valeur à partir de la mobilisation du réseau social des pôles à l’heure où les pôles cherchent leur business model ? ». Cette présentation de Visir coïncide (presque) avec la validation par l’Etat de B-com, le projet d’Institut de Recherche Technologique (IRT) porté par l’équipe chargée de l’animation du pôle et ses partenaires en Bretagne.

La rencontre entre le pôle Images et Réseaux m’est apparue « naturelle » puisque, après tout, je suis bien un producteur d’images des réseaux et que la question des territoires innovants et des réseaux de coopération est aujourd’hui centrale en France pour le développement des technologies du futur. C’est tout l’objectif d’un projet spontanément initié comme Visir (pour VISualisation d’Images et Réseaux) : faire d’une démarche de cartographie de l’information un atout majeur en termes d’indicateurs de gouvernance, d’aide à la décision ou de prospective. VisIR ne peut donc être réduit seulement à un projet de « dataviz » : ses différents aspects montrent à quel point la cartographie constitue un élément central, un « pivot », autour duquel s’agrègent différentes problématiques dont certaines ont déjà été décrites dans ce blog. Tout d’abord parce que l’on construit une carte pertinente à partir de données fiables et qualifiées que l’on doit pouvoir extraire d’un « système d’information » local. Placée du côté des usages et des services, la cartographie de l’information constitue donc un « test qualité » grandeur nature sur l’information indexée dans une base ou des fichiers Excel. Ensuite, les cartographies VisIR sont essentiellement produites sur un principe de croisement des données et sur des fichiers de graphes, en particulier en phase préliminaire d’exploration et d’analyse des données (phase indispensable avant d’envisager tout déploiement numérique). Je ne suis ni mathématicien ni statisticien mais il m’a toujours semblé que les graphes représentaient un instrument privilégié, tout autant logique que graphique, de réduction de la complexité, et donc particulièrement pertinent à mobiliser dans le cadre de l’observation d’organisations distribuées (et pas seulement géographiquement). La montée en puissance des problématiques liées aux environnements complexes réclame que nos instruments eux-aussi « montent d’un cran » en abstraction et en capacité de synthèse, ce que Visir tente de faire avec son RADAR en ligne mais aussi sa méthode d’analyse.

Enfin si les questions de synthèse visuelle restent importantes pour Visir (le RADAR ne comprenant pas seulement des « cartographies » mais aussi un dashboard), il s’agit bien avant tout d’épouser les contraintes sociales, politiques ou institutionnelles d’un territoire, avec ses jeux d’acteurs et ses ambitions. La synthèse visuelle que permettent les cartes ou les interfaces numériques ne sont donc mobilisées que pour répondre à certaines questions (quels sont les grands domaines de compétences du pôle ? Quelles sont les propriétés des réseaux de coopération instaurées ?), exhiber certains patterns (notamment l’évolution thématique du pôle sur les six dernières années), accompagner une réflexion (sur quelles zones du territoire et sur quelles communautés d’acteurs devraient porter les investissements d’Etat, régionaux ou européens ?). Les questions sont nombreuses et Visir entend contribuer aux réponses éventuelles, qu’il s’agisse d’une perspective de management de l’information, d’orientation stratégique, de gestion des ressources humaines, de politique de la recherche, d’évaluation des politiques publiques ou encore de data journalisme.

L’exploration des données : un travail préparatoire nécessaire. En son principe, Visir est un tableau de bord qui fonctionne en amont sur la valorisation du patrimoine informationnel d’une organisation et en aval sur sa mobilisation comme outil d’aide au pilotage. L’objectif consiste à enrichir les données natives d’une couche « intelligente » et qualitative constituée de patterns typiques extraits des données. Par exemple, l’utilisation d’une frise temporelle dans un poster ou d’une time-line dans le RADAR importe si des événements d’ampleur ont marqué la vie du pôle. Dans d’autres cas, une carte des réseaux de coopération entre membres du pôle peut s’avérer nécessaire pour étudier la concentration de certaines compétences en matière d’innovation et être mobilisée comme outil « incitatif » dans la recherche de partenaires. Le principe du géoréférencement lui-même peut être utile ou non en fonction des objectifs de management d’une organisation.

Si Visir repose essentiellement sur le principe du croisement des données, tous les croisements ne sont pas utiles ou pertinents et, pour ceux que l’on aura isolés pour leur intérêt à priori, ils devront ensuite être définis comme « indicateurs » de façon collégiale avec l’équipe ou les responsables en charge du projet au sein de l’organisation. Ce point est fondamental dans le déploiement du processus Visir pour le pôle Images et Réseaux et, demain, pour d’autres partenaires. La conception d’instruments cartographiques d’aide au pilotage d’une organisation réclame donc une phase préalable d’exploration des données natives et de définition de la nature et du périmètre des indicateurs qu’elle se donne. Une fois réalisé, ce travail très empirique peut (enfin !) déboucher sur des procédures de traitement automatique des données et alimenter les différentes interfaces numériques du RADAR.

Cette condition remplie (qui fait notamment que Visir n’est pas qu’un simple lecteur-visualisateur de fichiers Excel) alors la plupart des types de fonds documentaires des organisations peuvent traités. Pour le pôle Images et Réseaux ce sont évidemment les projets labellisés par les Comités de Sélection et de Validation qui recèlent le plus d’informations pertinentes car ils contiennent toutes les informations nécessaires au déploiement d’une démarche cartographique pertinente : acteurs impliqués (laboratoires, industriels…), porteur ou non, données géolocalisées, contenus et objectifs, durée, montants financiers, objectifs de valorisation, etc. Mais Visir peut aussi être déployé sur des corpus de notices bibliographiques extraites du Web of Science ou de Scopus, sur des rapports techniques ou d’activité, des sources web que l’on veille ou encore des brevets sans oublier les fonds documentaires des grands organismes de recherche. Visir peut donc intéresser les instituts et les universités, les pôles de compétitivité, les collectivités territoriales, les grandes entreprises ou les collectivités territoriales et leurs services.