le GFII (Groupement Français de l’Industrie de l’Information) a publié au mois de juin un excellent dossier de synthèse consacré aux nouveaux usages de la veille. Le document, en accès public, pointe quelques « tendances lourdes » en matière de pratique de la veille, aussi bien du côté de la technologie, des méthodes ou des services que du côté des champs à explorer (comme les réseaux sociaux) ou des demandes en émergence. Ce livre blanc souligne quelques-unes des (r)évolutions majeures du moment en termes maîtrise de l’information dans le champ de la veille et qui sont toutes, me semble-t-il, importantes pour les implications qu’elles exercent sur la nature et la place de la cartographie aujourd’hui. A commencer, par l’ère des « big data » et, de façon simultanée, de « l’open-data » : en deçà de la dimension des flux informationnels accessibles, c’est bien aussi la question des nouvelles infrastructures qui se révèle tous les jours un peu plus. Celle, par exemple, de l’externalisation des données sur des serveurs distants, des capacités de traitement temps réel de flux, de l’agrégation et de l’interconnexion de jeux de données via les A.P.I. (et donc de méta-données) ou encore les équipements et les pratiques nomades. C’est tout le paysage de l’ingénierie de l’information qui se redessine, ainsi que celle (très complémentaire) du périmètre et des missions des « DSI » dans les organisations. A cette nécessité émergente de croiser de façon continue l’information, le rapport du GFII souligne aussi la mutation qui concerne le contexte de production de connaissances nouvelles dans les activités de veille. Cette fois-ci, il s’agit de souligner l’extension du périmètre de la veille en tant qu’activité « cognitive », que souligne par exemple la question de l’e-réputation qui mêle à la fois capacité à suivre des flux, à traiter des sources d’informations hétérogènes et de capacité à intervenir sur des réseaux distribués. Ces tâches de plus en plus complexes qui incombent au veilleur (ou qui démultiplie ses champ d’action) soulève avec elles la question des outils de synthèse mobilisés (ou à développer) pour les accompagner…

…Dont la cartographie de l’information. A suivre le livre blanc du GFII, elle constitue l’une des cinq ruptures en cours, comme la veille temps-réel, la veille sur les réseaux sociaux, la veille mutlimédia et la veille multilingue. La partie du rapport consacré à la « Cartographie et représentation visuelle de l’information dans le processus de veille » a fait l’objet d’un atelier lors du du récent I-expo au mois de juin : « Le dernier livre blanc du GFII sur les nouveaux usages de la veille met en évidence l’importance de la cartographie d’information. Comment cartographier le web ? Ce “système topologique complexe”, territoire de veille, est un vrai défi technique mais surtout questionne les usages. Des cartes, mais pour quoi faire ? Pour représenter des documents ? Des réseaux sociaux ? Des interactions ? Des flux d’informations ? Sur quels supports ? ». Sous la houlette de Muriel de Boisseson (Factiva) et Stéphane Martin (Elsevier), tous les deux membres du groupe IE du GFII, j’ai retrouvé comme intervenant à cet atelier Frédéric Datchary (directeur associé de Pikko Software), Alain Leberre (co-fondateur de Linkfluence), Yves Simon (directeur associé de Social Computing) et Christophe Tricot (vice-président de Metacarto). A vrai dire, je ne sais toujours pas si la cartographie de l’information constitue l’une des formes évidentes des ruptures en cours dans le domaine de la veille, ou même plus largement dans le domaine de la gestion de l’information. En revanche, le périmètre et les spécificités de la cartographie ont été largement soulignés lors de cet atelier, et à l’unanimité : la nécessaire qualité des données (ou le « test qualitatitf » que représente la cartographie), les étapes du processus de construction des « vues » sur les données, les échelles qu’elle permet d’aborder (exploration de données, cartographies de réseaux d’acteurs, RSE…) et toutes les difficultés qui lui sont associées (comme les difficultés techniques de navigation, l’exercice de l’interprétation…). Autant de thèmes maintes fois abordés dans ce blog et, je l’ai constaté, largement partagé par toute une communauté d’acteurs. Pendant des années, la cartographie de l’information m’est toujours apparue comme une pratique périphérique et originale, dérivée de la sémiologie graphique, de la scientométrie ou de la théorie graphes, à peine reconnue, et toujours discutée dans ses principes. Aujourd’hui, elle apparaît à la lumière (enfin) mais sans effet de mode et portée par une communauté française active et consciente des limites de la pratique et de ses difficultés méthodologiques, nourrie de technologies aujourd’hui matures, inscrite dans un champ maintenant balisé et reconnu. En somme, un beau succès dont le livre du GFII synthétise les raisons, et les enjeux à venir.