Le consortium BearingPointErdynTechnopolis a rendu il y a quelques temps un rapport de synthèse et d’évaluation des pôles de compétitivité. Ce rapport vient compléter celui de 2008 sur la première phase de la politique des pôles pour la période 2005-2008. Cette seconde « photographie » permet aujourd’hui d’appréhender un peu mieux l’impact des pôles de compétitivité sur les territoires ou, de façon globale, au niveau national. Le rapport propose, en particulier, une évaluation de chaque pôle de compétitivité à partir d’une méthodologie « classique » de recueil des informations jugées suffisamment pertinentes pour en faire des indicateurs de « performance » (phase de visite individuelle des pôles, analyse d’un recueil d’activités à renseigner en ligne et une enquête en ligne auprès des adhérents des pôles).

La presse nationale a globalement résumé quelques-unes des conclusions majeures du rapport : une dynamique variable selon les filières industrielles concernées, des effets positifs en termes de collaboration entre grands groupes, organismes publics et PME (qui représentent, au passage, près de 80% des adhérents des 71 pôles de compétitivité) mais aussi des résultats mitigés en termes de valorisation. Le journal Les Echos, dans un article de Chantale Houzelle, a publié à cette occasion un schéma particulièrement efficace pour synthétiser les différents chiffres associés aux efforts de RetD, par types d’output (projets, innovations, brevets, start-ups) et domaines :

La presse et les médias locaux se sont faits l’écho de cette parution, notamment en régions quand un pôle a reçu le label « très performant », comme ici en Picardie ou là à Lyon. Si chacun a pu exprimé sa satisfaction (ou sa déception) sur les réussites locales et régionales, une vue d’ensemble du territoire national fait apparaître un « champion » : le Sud-Est avec les régions PACA et Rhône-Alpes.

Le Sud-Est, champion de l’innovation et de l’excellence? Si la question du nombre (trop grand?) de pôles de compétitivité en France est à nouveau reposée dans le rapport du consortium BearingPoint-Erdyn-Technopolis, il me semble que la question de leur nombre doit être reliée à celle de leur distribution géographique et de leur concentration dans certaines régions. A ce titre, on ne peut être que frappé par certains éléments de la synthèse 2012 qui confirment le déséquilibre géographique qui caractérise l’espace français en termes de concentration mais aussi de performance des foyers de RetD et d’innovations.

Si l’on prend le soin d’annoter la carte géographique des pôles de compétitivité (en soulignant en rouge comme ci-dessous les pôles jugés « moins performants » par le rapport et, en vert, ceux jugés comme « très performants »), on peut noter ces deux éléments d’importance : le premier la moitié Est de la France (IDF incluse) qui concentre 14 pôles à « vocation mondiale » et 17 pôles jugés « très performants » (contre seulement 4 pôles à vocation mondiale pour la moitié Ouest ouest, deux évalués « performants »). Second élément : la moitié Sud concentre 70% des pôles « très performants » (et seulement 30% pour la moitié Nord, IDF incluse!). A la croisée de ces deux éléments, les chiffres confirment ce que la carte nous raconte de façon évidente : les régions PACA et Rhône-Alpes concentrent 55% des pôles jugés « très performants » dans le rapport. Le sud-Est apparaît donc comme le champion de l’innovation et de l’excellence si l’on suit les critères adoptés par le rapport.

Développer les indicateurs territoriaux. On peut tirer quelques bons arguments pour les deux régions en termes de promotion des territoires! On peut aussi chercher à identifier les raisons pour lesquelles s’exerce un tel dynamisme sur ces deux régions. Là aussi, entre la carte et la lecture du rapport, une hypothèse s’impose : les deux régions sont connexes géographiquement et pour chacune d’elles il existe sur leurs territoires une grande diversité en termes de filières industrielles, de recherche académique et de réseaux de PME-PMI. N’y aurait-il pas une dynamique propre (et vertueuse) qui reposerait à l’échelle d’un territoire sur l’interaction de plusieurs secteurs ou filières, de façon transversale, favorisant l’émergence d’innovations  « trans- » ou « pluridisciplinaires »? La proximité géographique ne suffit probablement pas à expliquer une telle alchimie et il faudrait mesurer précisément les facteurs positifs (en premier lieu, les actions des équipes chargées de l’animation des pôles). Le rapport du consortium souligne bien l’importance de deux logiques de coopération : les collaborations sur un même territoire (dont le rapport précise qu’elles ont doublé depuis 2008) et les collaborations « thématiques » entre deux territoires (qui ont triplé quant à elles). Malheureusement, il n’existe pas à ma connaissance d’informations accessibles détaillées pour mesurer ces deux logiques et l’on aurait aimé que le travail du consortium débouche, sur ces questions-là, sur la diffusion de données traitables pour tester cette hypothèse de travail.

La question de la dynamique des territoires est pourtant centrale :il s’agit là de la mission essentielle des pôles fixée en 2004 (« …accroître l’innovation par la mise en réseau, le développement de synergies et de collaborations entre entreprises, instituts de recherche et organismes de formation sur des territoires donnés ») et il faudrait aujourd’hui la mesurer à partir d’indicateurs précis. Quelles sont les différentes facettes de la dynamique qui animent les régions PACA et Rhône-Alpes? En quoi sont-elles distinctes, complémentaires ou similaires par rapport aux autres régions? En régions Bretagne et Pays-de-la-Loire Visir a permis d’entamer ce type de mesures à partir de données simples à extraire (notamment les données associées aux projets labellisés depuis 2007 : qui travaille avec qui à l’échelle des deux régions, et au delà? sur quelles thématiques? Avec quel type de coopération?…). J’entrevoie l’intérêt d’un déploiement, ne serait-ce que partiel, d’un dispositif comme Visir à l’échelle de tous les pôles de compétitivité, ce qui constituerait un instrument de premier plan en termes d’intelligence territoriale et d’évaluation des politiques publiques.