Une série de documents officiels sont venus depuis quelques mois préciser les orientations de l’Etat en matière de nouvelle stratégie industrielle et de recherche, basée en grande partie sur des efforts en matière d’innovation et de coopération à l’échelle des territoires. Pour un spécialiste de l’intelligence économique, un directeur de laboratoire académique, un responsable de la RetD d’un groupe industriel ou un dirigeant de PME, ces documents «pointus» fixent des orientations stratégiques importantes.

Pour un cartographe, ils sont aussi d’une grande importance, surtout si l’on travaille avec des collectivités territoriales ou des structures locales d’animation comme les pôles de compétitivité, car ils esquissent par touches successives la nature des objets ou des processus qui constitueront demain de nouveaux champs à explorer et à cartographier. Et on peut supposer qu’à un moment ou à un autre les acteurs publics ou privés impliqués par cette nouvelle orientation en matière de stratégie industrielle auront besoin d’animer ces réseaux de coopération territoriale et, au delà, d’en mesurer, analyser, évaluer les effets produits. Donc, de les cartographier.

A priori, cartographier «l’innovation», ou désormais les «territoires innovants» sous l’angle des «filières» ou des «coopérations transversales», semble aller de soi: elle-même sujette à des innovations continues depuis quelques temps sous l’influence des technologies réseaux et d’internet, la cartographie d’informations entretient des rapports avec la notion de territoire sous l’angle de la géomatique et avec la question de l’innovation que l’on peut mesurer (en partie) avec des cartographies de brevets, de publications scientifiques ou de revues (domaines éprouvés de longue date an matière de cartographie de l’Information Scientifique et Technique). En réalité il n’est pas si facile de rendre compte, via des cartographies, du dynamisme d’une ville (d’une agglomération ou d’une région) et de ses acteurs en termes d’invention ou de création d’activité dans la recherche scientifique, la formation, les procédés ou les produits industriels, voire même les initiatives citoyennes ou associatives. En éclairant la question de l’innovation sous l’angle des territoires innovants, il me semble que les dernières orientations publiques posent indirectement un défi aux cartographes d’informations. 

D’un modèle d’excellence par la compétition à un modèle de performance par la coopération. Si je résume ce que j’ai pu lire ça et là ces derniers temps, les nouvelles orientations de l’Etat en matière d’innovation, de recherche et de partenariats industriels tendraient à promouvoir un modèle de la «performance par la coopération» plutôt qu’un modèle «d’excellence par la compétition» pour reprendre l’expression de Jean-Yves Le Déaut dans un rapport récent (Dynamiser la recherche, refonder l’université, lieux coopérer pour réussir – Des mines de sel…aux mines de matière grise). Puisque l’on est dans le domaine de la recherche, ce rapport propose une nouvelle forme de gestion de l’innovation en associant les collectivités territoriales aux universités dans «la responsabilité des instruments de la politique de l’innovation, participer à la gouvernance des structures consacrées à la recherche technologique et au transfert de technologie, et piloter de grandes plates-formes régionales d’innovation mettant en réseau les acteurs de la recherche, du développement et de l’innovation sur le territoire». Et ce n’est que l’un des volets de la troisième vague de décentralisation qui renforcera encore les pouvoirs des territoires, quel que soit le niveau de découpage géographique ou administratif envisagé.

FranceInnovationLes questions d’équité des territoires et de politique d’aménagement occupent une place de choix dans le rapport Le Déaut comme dans d’autres documents. L’un des effets majeurs d’une politique forcenée de la compétition par l’excellence a renforcé le déséquilibre entre territoires, et particulièrement entre les régions. En termes de dotation, de répartition géographique et financière des projets liés au «grand emprunt» ou de concentration territoriale des pôles de compétitivité, ces dernières années ont été marquées par l’avènement de grosses structures académiques, accentuant de fait la quasi-désertification de certaines zones géographiques. J’ai déjà pointé il y a quelques temps sur ce blog (Pôles de compétitivité: le Sud-Est champion de l’innovation?) la concentration dans le sud-est de la France des pôles jugés les plus «performants» avec une façade ouest particulièrement démunie. Les questions de soutien de l’Etat aux efforts d’innovation, de RetD, de recherche sera donc à l’avenir beaucoup plus lié aux besoins en matière d’aménagement du territoire. C’est aussi ce que confirme le «rapport Gallois» (Pacte pour la compétitivité de l’industrie française): très décrié au moment de sa diffusion pour ses orientations en matière de «compétitivité», il mentionne lui aussi combien «la cartographie régionale des investissements d’avenir est en nette rupture avec les besoins d’aménagement du territoire, priorité qui doit revenir au premier plan dorénavant, en lien avec la troisième vague de décentralisation».

Au cœur des nouvelles politiques d’innovation, les territoires représentent surtout un principe d’organisation et de lisibilité. Tous les rapports récents (mais de plus anciens aussi) soulignent la complexité extrême résultant de l’organisation des administrations en «millefeuilles» ou en «mikado» (que le rapport Gallois associe au «culte de la réglementation, couplé avec son instabilité»). Au contraire, l’approche par territoires assure un principe d’efficacité opérationnelle. On doit les considérer, et c’est peut être le plus important, comme des espaces de collaborations potentielles, largement sous-exploitées jusqu’à présent. Ainsi pourrait-on passer du principe la «grande université» à celui de la «communauté d’universités» dans le domaine de la recherche et de la formation, de celui de «contrat de plan» à celui de «contrat de site» (du très local à l échelle régionale), de celui du «pôle d’excellence» à celui de «bassin de compétences» en renforçant, par exemple, les liens entre formation-apprentissage-recherche-industrie. En somme la «performance» par la «coopération» en incitant au développement des complémentarités locales et en augmentant la richesse (ou l’intensité) des liens entre les acteurs impliqués (par exemple dans ce que l’on identifie aujourd’hui comme une «logique de filière»). Sur ce point de nombreuses pistes peuvent être poursuivies comme le redimensionnement de l’enseignement technique, l’implication plus grande des grands groupes industriels dans les pôles de compétitivité, la relance des coopérations entre industries et recherche publique, le soutien plus actif à la mise sur le marché d’innovations techniques développées localement par les PME. C’est ce que souligne, par exemple, le «white paper» diffusé récemment par L’Institut de l’Entreprise à propos des orientations qui devraient être suivies à propos des pôles de compétitivité qui entrent dans leur troisième phase «Pôles de compétitivité : transformer l’essai. Trois propositions pour faire émerger des silicon valley françaises», Vanessa Cordoba et Romain Lucazeau de l’Institut de l’Entreprise, POLICY PAPER, Novembre 2012). Pour aller plus loin et préciser le panorama de cette nouvelle inflexion, on pourra aussi consulter le discours de François Hollande sur les orientations à venir en matière d’innovation, celui de Jean-Marc Heyrault ou encore celui de Fleure Pellerin parmi les plus récents.

Construire des indicateurs territoriaux relationnels. La cartographie d’information peut constituer potentiellement un instrument efficace d’observation, d’analyse, voire d’évaluation de ces nouvelles orientations en matière d’innovation et d’organisation du territoire. Cependant, la tâche est plus ardue qu’il n’y paraît: cartographier des territoires coopérants (si on peut ramener sous cette expression l’ensemble des orientations actuelles) impliquera nécessairement à mon sens de renouveler les méthodes de traitement de l’information et, simultanément, de redéfinir le périmètre des sources d’information elles-mêmes. Autrement dit, le cartographe devra être en capacité de construire les bons «capteurs» et les placer aux bons «endroits» pour doter d’instruments pertinents ce domaine demain central de l’intelligence économique territoriale

Si l’objectif de la cartographie d’informations est de hiérarchiser, classer, trier des éléments (disons, des chercheurs, des laboratoires, des structures de recherches), alors on peut dire à coup sûr que les méthodes existent et qu’elles sont éprouvées de longue date. On peut toujours attribuer des «scores» à des éléments pour les hiérarchiser, faire valoir la «visibilité» d’une contribution scientifique en fonction des citations ou «l’excellence» d’une université en fonction du nombre et de la renommée de ses chercheurs ou de ses laboratoires. Je pourrais aussi prendre pour exemple les brevets dans le domaine de la RetD industrielle qui servent encore à mesurer la «vitalité» des organisations, voire des territoires. En somme, s’il s’agit (seulement) de mesurer en les hiérarchisant des acteurs sur un territoire, qui plus est à partir de sources d’informations très formalisées et très balisées, et de surcroît très liées uniquement à la production intellectuelle, on peut alors se reposer sur des listes (voire des «camemberts» ou des histogrammes) pour recenser et comparer des objets, se plonger dans le Web of Science ou la Base Européenne des Brevets, découper son champ d’observation en fonction des frontières administratives et, finalement, faire appel aux acteurs historiques de l’Information Scientifique et Technique (I.S.T.) pour réaliser ces tâches (par exemple l’OST ou l’INIST en France).

En revanche, si l’objectif de la cartographie d’information est d’identifier des logiques d’interaction entre des acteurs sur des territoires, des projets coopératifs qui incluent des PME, des plateformes techniques co-produites, les formes temporelles d’un «agir ensemble» local où figurent tout aussi des acteurs de la société civile que des petites d’entreprises innovantes ou des services des collectivités territoriales, alors il va falloir inévitablement revoir (tout à la fois) les sources d’informations à exploiter pour produire des cartes mais aussi la ou les façon de traiter les informations qu’elles contiennent. En un mot, il va falloir produire des indicateurs relationnels à l’échelle des territoires qui rendent compte des logiques (spontanées ou induites) de coopération entre des acteurs de nature très diverse.

OpenOdyssey

En ce sens, certaines familles d’indicateurs classiques ne suffiront pas (ou plus) pour décrire les logiques d’un territoire coopérant. Je range volontiers ces indicateurs dans la catégories indicateurs externes par opposition (ou complémentarité, c’est selon) à la «méthode VisIR» basée sur l’exploitation du patrimoine informationnel interne aux organisations, évidemment plus riche et plus précis pour aborder la notion de territoire et certaines formes d’innovation (par exemple l’innovation citoyenne ou sociétale négligée largement par les modèles classiques d’innovation industrielle). C’est le cas des indicateurs liés à la production académique de recherche (publications d’articles): pertinents dans une perspective de comparaison entre grands pôles (ou pays) ou d’évaluation de la «visibilité» (voire de l’excellence d’une communauté), ils échouent à rendre compte des logiques locales d’interaction et sont d’une fiabilité relative en ce qui concerne le géoréférencement des acteurs ou des structures. De plus, il convient de souligner encore une fois combien les publications scientifiques ne constituent d’un élément parmi d’autres à prendre en compte si l’on vise la question du territoire innovant: un pôle de compétitivité, un I.R.T., un incubateur régional sont des organisations composées de groupes industriels, de PME ou d’associations dont les productions à l’échelle locale sont d’une grande diversité vont bien au-delà en volume et en diversité que les connaissances scientifiques formalisées (prototypes, données expérimentales, services, conception d’architectures informatiques, organisations d’événementiels…).

Il en va de même pour d’autres types classiques de données et il se peut que l’on rencontre quelques difficultés à décrire un « écosystème» à partir de critères purement géographiques ou liés au découpage administratif du territoire français qui ne suffiront pas à rendre compte de la dynamique interne des acteurs engagés dans l’innovation industrielle, scientifique ou citoyenne. Que fait-on, par exemple, d’un «cluster» d’acteurs à cheval sur deux régions? A-t-on décrit en détails les logiques d’association de PME à l’échelle du «pays», voire même dans un quartier d’une grande agglomération? Les enquêtes auprès des acteurs (largement exploitées comme source d’information) me semblent très partielles quand on prend le soin d’examiner le taux de réponse ou la nature des questions posées. Enfin, je ne saurai achever ici sans citer les indicateurs « macro » de type statistiques, établis pour des comparaisons massives mais éloignées des spécificités locales d’un pôle (bases de données produites au niveau national ou européen, de manière systématique par des organismes de traitement d’information qu’ils soient publics (Insee, Ministères, OCDE, etc.) ou privés (Bureau van Dijk…). On peut dans le premier temps d’un projet cartographique classer, par exemple des pôles de compétitivité en fonction du nombre d’adhérents ou de projets labellisés, établir des ratio entreprises/établissements publics, calculer le nombre de brevets déposés ou les effectifs pour recenser et hiérarchiser les acteurs. Cependant, dans un second temps, il faudra mobiliser d’autres types de sources et mobiliser une autre méthodologie pour rendre compte des liaisons transversales, des relations ou des interactions entre les acteurs à différentes échelles.

Question de sources. Le renouvellement de l’intelligence économique territoriale passe, selon moi, par la mise en place d’indicateurs internes: les territoires et les organisations sont eux-mêmes producteurs d’informations, souvent moins formalisées qu’une base de données de brevets ou de publications scientifiques mais d’autant plus pertinentes qu’elles couvrent un large ensemble d’activités et concernent une grande diversité d’acteurs en contexte. Et c’est au cartographe d’aller chercher l’information pertinente là elle se trouve, notamment à tous les échelons territoriaux où elle se concentre, où elle est filtrée et qualifiée par les acteurs eux-mêmes par exemple dans des structures d’animation, comme les C.C.I. ou les pôles). A cet égard, le cas de la cartographie des pôles de compétitivité à partir de la méthode Visir me semble exemplaire: si l’on cherche un endroit où se concentre et où est filtrée l’information stratégique, alors l’examen des projets soumis et labellisés par les comités de sélection et de validation (ou toute autre structure d’évaluation) constitue un «trésor de guerre» inestimable. Les dossiers soumis constituent un patrimoine particulièrement riche à explorer et à traiter pour produire des indicateurs de gouvernance territoriale: les acteurs y sont décrits (souvent par eux-mêmes) avec soin, les objectifs et le rythme des collaborations précisés, ainsi que les moyens engagés. Quand le cartographe s’empare de cette forme de patrimoine organisationnel, il peut alors concevoir des indicateurs précis calculés sur une information que les organisations produisent elles-mêmes, et la plupart du temps de façon pérenne. Autrement dit, dans un tel contexte, la cartographie d’information relève en partie d’une forme de valorisation du patrimoine informationnel interne.

Terrinnov

Indicateurs «externes» et «internes» ne sont pas incompatibles et peuvent figurer dans un tableau de bord général qui permettrait de «monitorer» de façon continue les activités d’innovation sur un territoire donné. Cependant les indicateurs internes sont d’une précision remarquable: ils permettent d’observer, comme «de l’intérieur», ce qui s’y produit de concepts, d’hypothèses, de dispositifs, d’expérimentations, de savoirs-faire ou de connaissances et, aussi, comment ou sous quelles forment se développent des logiques d’interaction entre des acteurs recenser précisément quel que soient leurs types (PME, associations, laboratoires académiques, collectivités territoriales, structures de RetD des grands groupes…).

Cette approche a des inconvénients évidents, ne serait-ce que par les difficultés (légales ou institutionnelles) d’accès aux sources. Sans oublier le fait que ces informations sont contenues dans une grande diversité de formats techniques (documents textes aux formats «pdf» et Word, tableaux de données type Excel ou «csv», power-point…). Cependant, pour peu que l’on réduise cette masse à un modèle de données unique, on saisit rapidement les vertus de l’approche. Tout d’abord parce que l’on a alors les moyens de concevoir un tableau de bord composé d’indicateurs qui permettent de mesurer en partie les inputs(acteurs, organisations, réseaux, financements, labels…) et les outputs (projets, prototypes, brevets, publications scientifiques, emplois…) sur un territoire. Autrement dit, de commencer à évaluer finement les effets produits d’une politique publique. Ensuite, ce patrimoine interne de données accumulées au cours du temps (et qui «sommeille» le plus souvent dans une archive) contient deux grandes familles d’informations capitales pour élaborer une stratégie de veille territoriale: celles liées aux réseaux d’interaction entre les acteurs (membres, porteurs de projets, participants) et celles, d’un autre côté, liées aux contenus thématiques (productions de matière grise mais aussi prototypes, plates-forme, événements, start-up…).

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Interactions, réseaux, cartographies. L’accès à des sources d’information locales et contextuelles ne suffit pourtant pas à rendre compte de la notion de territoire coopérant. Il faut aussi déployer une méthode de traitement des données que n’intègrent pas encore les systèmes d’information «classiques» (à moins de travailler chez Google, Facebook , linkedin…ou Linkfluence!) et qui soit dédiée à l’analyse précise des différentes formes d’interactions entre les acteurs. Les «sciences des réseaux» (network sciences) constituent aujourd’hui une voie prometteuse pour aborder les questions de densité et de distribution des interactions aux différentes échelles d’un territoire. Les méthodes comme les outils qui leur sont associés peuvent être mobilisés pour analyser les informations locales et contextuelles que produisent les acteurs en territoires ou les organismes chargés d’animer leurs interactions ou de renforcer leur coopération. En croisant sous forme de graphes relationnels les différents dimensions de l’information issues d’acteurs et d’organisations impliqués de quelle que façon que soit dans un processus innovant, on peut arriver à déterminer avec précision les propriétés essentielles d’un territoire coopérant ou d’un territoire innovant. Pour l’heure, on peut déjà tirer quelques enseignements de ce principe méthodologique.

Tout d’abord, évidemment, la complexité de la notion de territoire innovant ou coopérant. A travers l’expression, ce que l’on cherche à observer est en réalité un objet «multidimensionnel» qui articule (au moins) trois «types» ou trois «couches»: celle du territoire physique ou géographique (et de ses multiples propriétés), celle des acteurs en réseaux ou coopérant (avec des degrés en fonction du nombre et de l’intensité des liens tissés entre eux) et des thèmes, des «contenus» ou des «objectifs» autour desquels ils produisent scientifiquement, techniquement ou socialement.

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En second lieu, le croisement et l’analyse de l’information interne associés aux acteurs permet de recenser assez efficacement les propriétés générales d’un territoire donné. En particulier, la méthode peut déboucher sur une batterie d’indicateurs internes génériques, applicables à un pôle de compétitivité, un Institut de Recherche Technologique, un centre de recherche ou une collectivité territoriale: la détection des communautés ou des des réseaux existants de coopération ou d’affinité (qui travaille avec qui?), le recensement des compétences présentes sur un territoire (qui travaille sur quoi? Répertoire de savoirs-faire, thématiques de développement, logiques de filières…), la géo-localisation (où se situent les acteurs et les thématiques? Y-a-t-il par exemple des phénomènes de concentration locale?…) et, enfin, le suivi temporel qui ouvre sur des questions d’évaluation rétrospective ou de scénarisation prospective (depuis quand? Selon quel rythme?). Si l’on regroupe ces quatre types d’indicateurs dans un espace unique (une interface) et que l’on y associe les informations pertinentes, on obtient alors une première ébauche de ce qui peut devenir un outil de pilotage de l’innovation en territoire.

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Enfin, les premiers enseignements de nos expérimentations (notamment avec le projet Visir) montrent à quel point la question de l’innovation en territoires ne relève pas d’un processus d’agrégation géographique mais d’une logique de réseau dynamique de coopération et de fertilisation mutuelle entre les acteurs (parfois très différents). Ainsi, ces entités géo-thématiques que sont les pôles de compétitivité peuvent être aussi évalués en fonction du nombre et de l’intensité des liens qui relient des acteurs, même s’ils sont en nombre réduit, et non pas seulement en fonction de la «visibilité» nationale ou internationale d’un nombre réduit d’acteurs (souvent) les plus importants. Avec une «approche réseaux» et des données fiables (produites et filtrés par des acteurs locaux), on peut enrichir les instruments d’observation traditionnels des organisations géothématiques et traiter de questions complexes. Par exemple, qu’en est-il de la réalité des coopérations scientifiques dans le périmètre thématique et géographique d’un I.R.T., entre des laboratoires d’une université? Quels sont les foyers de développement technologique et selon quels processus ou quelle logique les acteurs se regroupent-ils? Par proximité géographique ou par affinités de « métier »? A quelle distribution (et non pas quelle proportion) géothématique a-t-on affaire entre « petits » et « grands » acteurs? Où sont les foyers émergents en termes de nouveaux procédés ou de développement de prototypes?

C’est tout l’enjeu de la cartographie des territoires innovants que de rendre compte sous une forme concentrée des différentes configurations qui émergent de l’étude des relations entre les acteurs d’un système. Si l’on a pu parler à un moment de «compétitivité des territoires», les orientations actuelles tournées autour des solidarités territoriales soulignent le besoin grandissant d’outils de pilotage efficaces. Les indicateurs territoriaux sur lesquels je travaille en ce moment avec l’Atelier Icerberg concourent à cet effort. La pertinence d’un projet cartographique dédié aux territoires et aux systèmes d’interaction qu’ils abritent (ou non) ne vient d’ailleurs pas seulement de son potentiel de synthèse visuelle: produite, imprimée, diffusée, la carte peut être mobilisée comme un outil de mise en relation et d’accélération des liens autour de projets transversaux. Et contribuer à transformer le territoire innovant qu’au départ elle était censée photographier.

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