Le domaine de la cartographie d’informations est déjà riche d’expérimentations et de projets opérationnels dans les organisations, notamment les grandes entreprises et les structures de recherche. Les terrains qu’elle occupe sont d’une grande variété en termes de nature des données et des corpus (notices de publications scientifiques, brevets, données web, comptes de réseaux sociaux, projets de coopération industrielle, documentation technique…), de formats de supports (depuis l’impression papier jusqu’à des interfaces de téléphones mobiles) ou encore de modalités de spatialisation de l’information (structures abstraites des graphes, géolocalisation, variations dynamiques temporelles ou de densité, plans et schémas…). Un tel foisonnement ne laisse guère de place pour définir précisément ce qu’est la cartographie d’information, ou même seulement son domaine. De façon générale, on pourrait dire que la cartographie de l’information relève d’abord et avant tout d’un champ de méthodologie de traitement de l’information et pratique technique. Ses vertus résident assurément dans le renouvellement ou l’enrichissement des rapports que l’on entretient avec l’information, ou avec les data numériques. On pourrait essayer de l’étudier, in abstracto, comme une famille sémiotique spécifique, la décliner en types (cartographie de flux, cartographie géographique, cartes sémantiques, schémas logiques…) ou essayer de spécifier comment elle recoupe partiellement le domaine de l’infoviz, celui du design graphique ou celui des systèmes de connaissance. Mais on peut aussi essayer de la définir par les enjeux qui la traversent comme par la dynamique qu’elle génère, non comme un objet en-soi mais comme un dispositif incluant autant les dimensions humaines, techniques et organisationnelles. Dans cette perspective, un regard rétrospectif sur nombre de projets réalisés depuis plus d’une dizaine d’années en France et ailleurs laissent apercevoir un certain nombre de points transversaux et récurrents, depuis la place du projet cartographique, en passant par les mécanismes de production de l’information et les rapports inédits qu’elle instaure jusqu’à cette ligne de mire que constitue la question de la valorisation du patrimoine informationnel des organisations.

I) Une définition. La cartographie d’information n’est évidemment pas une science, du moins au sens académique. Elle n’est pas réductible non plus à un outil (quand bien-même il s’agirait de Gephi), ou à une famille d’outils définis. Il s’agit plutôt d’une sorte d’art dédié aux expérimentations autour de cet objet qu’est l’information. Cet art concentre un ensemble de techniques et de méthodes de spatialisation de l’information. La cartographie d’information est donc à ranger du côté des instruments de connaissance, en marge des systèmes d’écriture sans pour autant verser dans l’image. Son caractère technique et sa nature opérationnelle la situe au carrefour de différentes méthodes et de plusieurs traditions dans lesquelles elle puise des savoirs-faire. La première, et la plus ancienne, est celle de la cartographie géographique, nourrie de rigueur technique et de différents héritages historiques. La seconde est constituée des apports de la sémiologie graphique, une veine qui court depuis les travaux de J.Bertin jusqu’à l' »infoviz » d’aujourd’hui en passant par E.Tufte. La troisième, plus récente encore, concerne l’information numérique et ses interfaces multimodales d’accès, depuis les travaux de B. Shneiderman jusqu’aux questions posées par les technologies cognitives et les supports numériques. La dernière concerne tous les instruments visuels d’exploration et d’analyse des phénomènes complexes massivement distribués et en réseaux, en marge de la théorie des graphes. La cartographie d’information se nourrit des quatre selon des formules variables: elle assume le rôle de carte (de territoires d’informations, notamment de territoires numériques), remplit les fonctions de systèmes graphique signifiant (avec ses réductions symboliques et sa culture des dimensions – ou des facettes – de l’information), elle représente un espace d’action (éventuellement interactif) sur des jeux de données et, pour finir, elle accompagne aujourd’hui l’observation et l’analyse de la topologie des réseaux (d’informations mais pas seulement). Evidemment, ses formes, ses inflexions, ses « tendances » sont directement liées aux problématiques qui se posent localement, historiquement, là où il y a besoin de forger de nouveaux instruments d’investigation pour répondre à des questions ou à des attentes. C’est pourquoi, aujourd’hui, la cartographie d’information est un domaine qui s’alimente notablement de la visualisation de graphes et de tous les instruments d’exploration et/ou de réduction de la complexité. On doit cette inclinaison récente à l’émergence de masses de données potentiellement croisables (la cartographie agissant alors comme instrument de synthèse et d’investigation dynamique) mais aussi à leur distribution sous forme de réseaux distribués à grande échelle où les questions de topologie, de flux, de distances, de dynamiques temporelles (via les A.P.I.), d’évolution à grande échelle constituent un enjeu majeur de la recherche aujourd’hui dans le monde (la cartographie agissant comme instrument de contrôle, de stratégie et d’aide à la décision).

On peut collectionner les cartographies d’informations comme autant d’objets figés dans une galerie, et donc la faire exister comme une catégorie spécifique de productions. Mais sa véritable nature ne peut s’appréhender qu’à travers les fonctions instrumentales qu’elle remplit, les contextes dans lesquels elle advient, la dynamique qu’elle suscite dans nos rapports à l’information. A ce titre, il faut la concevoir comme un instrument de passage, de mutation, d’innovation. C’est là sa plus grande plus-value quand elle permet de franchir un cap dans la construction des connaissances, dans le développement de nouvelles technologies ou dans le management des services et des organisations. A l’échelle cognitive, la cartographie d’information peut constituer un instrument puissant d’exploration de masses de données, de comprendre l’organisation ou les dimensions d’un phénomène complexe, d’accompagner la décision ou de définir une stratégie d’action. Elle intervient pour lever des verrous intellectuels, identifier des patterns implicites ou sous-jacents dans des connaissances jusque-là éparses et peu croisées. Dans ce type de contexte, la cartographie assure le franchissement d’un cap qualitatif dans le raisonnement, avec pour corrolaire de poser de nouvelles questions d’un degré plus élevé d’abstraction. A l’échelle technique, elle constitue indéniablement un pivot original entre les données et les solutions d’interface et peut jouer un rôle majeur dans des chaînes de traitement de l’information. Depuis peu de temps, les cartographies d’informations sont devenues un enjeu de développement technologique important dans l’univers des technologies web et de l’accès à des silos de données interopérables. A l’échelle organisationnelle, elle peut contribuer à enrichir certaines fonctions et à valoriser un patrimoine informationnel trop peu exploité, voire oublié. C’est toute la dynamique générée par un projet cartographique qui fait la valeur de la carte, quand elle accompagne la production de connaissances nouvelles, l’efficience technique d’un système d’information ou la distribution des rôles et des compétences dans une organisation.

II) Une place ambivalente. Dans le domaine des métiers (ou des services) liés à la production de l’information et à la gestion des systèmes documentaires, la cartographie occupe une place ambivalente. Pour ceux qui la connaissent et la pratiquent, la cartographie de l’information représente un instrument privilégié de découverte et d’analyse de propriétés dans « des données » jusque-là méconnues, ou supposées implicitement, ou posées par hypothèses. Donc un instrument et des méthodes pleins de promesses pour les web sciences, la bibliométrie, les réseaux sociaux, les transactions financières, les grandes organisations ou les statistiques archivées dans les moteurs de recherche. Dans une entreprise ou un organisme de recherche, on peut la mobiliser pour évaluer un portefeuille de brevets, des notices de publications scientifiques, un réseau social d’entreprise ou des catalogues de documents techniques. A partir du moment que des données numériques circulent ou sont archivées, localement ou non, il y a potentiellement la place pour une démarche de cartographie de l’information qui est, fondamentalement, une démarche de valorisation. Sa plus-value réside dans les « vues » sur les données qu’elle permet : à titre d’instrument de synthèse (réduction des masses), d’exploration ou de découverte de connaissances (nous avons encore tant de choses à découvrir dans des univers pourtant numériques et artefactuels comme le web), d’indicateurs ou d’outils d’aide à la décision en matière de gestion et de stratégie.

En pratique, cependant, ce nouvel instrument d’analyse des données ne figure pas encore dans la « boîte à outils » standard pour le traitement de l’information, et tout aussi rarement en termes de compétences humaines. Pour tout dire, il semble que le développement d’un projet de cartographie de l’information dans une organisation est le plus souvent le fruit d’une rencontre, une affaire d’occasion ou d’opportunité, en périphérie des activités centrales de gestion de l’information. Aucune place ne lui est destinée à priori : ni en informatique des systèmes (où il est encore rare en France d’intégrer des structures de graphe dans le management de l’information et les D.S.I.) ni, de l’autre côté, en gestion documentaire où règnent encore sans partage les grands systèmes abstraits de classification et les arborescences où se rangent les « mots » ou les « choses » (à l’époque, pourtant, des données distribuées et dynamiques). Quand elle se déploie dans les organisations, la cartographie de l’information se loge dans un espace réduit, imprévu, inexistant : au sens strict, elle commence là où finissent les données et finit là où commence l’interprétation, l’analyse, voire la décision. Et son succès se mesure, d’abord, à l’aune de tous les « déplacements » qu’elle occasionne en cherchant sa place, à commencer dans les rapports que l’on entretient avec l’information telle qu’elle est produite et transformée.

III) L’épreuve cartographique. Pourtant, c’est de cette petite place que l’on aperçoit le mieux la nature, l’étendue ou les qualités du patrimoine informationnel des organisations, ce que le projet cartographique à pour objectif de repérer, de mobiliser et, au final, de valoriser. La traduction visuelle et quasi-géographique de ce patrimoine (BDD internes, bases de connaissance, répertoires où s’accumulent les rapports d’activité et les synthèses, notices bibliographiques ou publications scientifiques, bookmarks de sites web, abonnés Tweeter ou Linkedin…) a pour objectif, bien entendu, de révéler ces fameux « patterns » qu’il s’agit d’interpréter. Mais la production de cartographies constitue aussi et surtout une redoutable épreuve « qualité » pour les données disponibles. Ce sont-là les effets « amont » de l’insertion de la cartographie dans une chaîne de traitement de l’information. A l’occasion de l’extraction des données d’une base (et après leur passage dans différents types de fichiers GEXF), la projection graphique révèle immanquablement toutes les imperfections d’un système de données, et jusque dans ses moindres détails (ce que masquent la plupart du temps des recherches « verticales » par requêtes). La liste est longue de ces « imperfections » jusque là masquées : dimensions non-renseignées, erreurs dans les chaînes de caractères, doublons de tous types, remises à jour « incertaines », problème de formats…Mais l’épreuve « qualité » ne s’arrête pas là : émergent aussi tous les problèmes liés aux formalismes permettant d’enrichir les données comme les affiliations approximatives ou erronées dans les graphes de co-publication en I.S.T., les URL tronquées et/ou l’absence de procédures de remise à jours des ressources web (souvent invalides), descripteurs géographiques multiples (adresses postales ou départements voire régions dans la même base), etc. Et il reste l’épreuve finale : le nombre de cartes possibles (disons le potentiel cartographique) est partout et toujours directement corrélé au nombre de dimensions présentes dans les données (ou de « méta-données ») : plus les ressources sont décrites finement (et les graphes produits peuvent en faire partie), plus le nombre de vues sur les données est important, plus est complexe l’analyse produite. Certes, d’autres méthodes (comme par exemple l’application d’une solution intelligente de type prédictive) peuvent conduire au même exercice d’évaluation de l’information (et avec les mêmes conclusions) mais la cartographie, par son aspect visuel et synthétique, donc comme espace partagé ou partageable collectivement, constitue un vecteur puissant d’identification des aspects problématiques du management de l’information dans les organisations. De là le rôle prépondérant que peut jouer un projet de cartographie dans une organisation engagée dans une politique de changement où derrière chaque opération technique (existante ou à venir) se profile la questions de l’organisation humaine, de la gestion des compétences et de la distribution des objectifs par services.

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En aval la cartographie évolue avec les contraintes exercées par différents scénarii d’usage associés aux contraintes métiers. En particulier, la cartographie d’information contribue souvent à renouveler ou à nourrir des projets d’interfaces nouvelles pour l’accès et à la représentation des données. Cependant, sa plus-value majeure ne réside pas dans les solutions d’interface (même si une cartographie interactive de données et en ligne peut représenter une forme d’aboutissement technique spectaculaire) mais dans les procédures d’intelligence des données qui l’accompagnent. Cela concerne, au premier chef, l’intérêt porté aux techniques de spatialisation de l’information: passer d’une information classée en lignes et en colonnes à une structure spatialisée relève d’une forme de grammaire (et donc d’une procédure) qui n’est pas encore une pratique courante mais dont rapidement chacun reconnaît l’intérêt. En exhibant des patterns qui sont à la fois statistiques et visuels, la cartographie est un vecteur pédagogique puissant pour prendre conscience de l’intérêt d’une démarche d’intelligence des données dans les organisations. Autrement dit, développer cet espace de pratiques et de compétences qui commence là où finissent les données et s’achève là où commence l’interprétation, l’analyse contextuelle, voire la décision. De ce point de vue, il faut intégrer au projet cartographique dans une organisation aussi bien les attentes implicites (voir « ce que l’on sait déjà ») que les différentes surprises sur lesquelles il débouche souvent. Elle n’est donc pas qu’un exercice de « réduction » logique ou graphique de masses de données; c’est aussi un espace où l’on cherche à définir de nouveaux principes de classification (hiérarchisation), de nouvelles formes de regroupement (clustering) en faisant jouer plusieurs scénarios de croisement des dimensions natives de l’information. En d’autres termes, la cartographie de l’information oblige à intégrer à la gestion de l’information ou au knowledge management des techniques (et un temps) de knowledge discovery. C’est aussi une façon d’admettre une forme d’ignorance à propos des univers de données construits patiemment année après année et que l’on croyait contrôler intégralement. En soi, la cartographie relève donc d’une forme pari qui consiste, au delà des techniques et des outils, ou même de l’objet « carte », à adopter un regard nouveau et transversal sur des données natives jusque-là étudiées à partir de tableaux et d’indicateurs purement statistiques ou bien de recherches d’information verticales à partir de requêtes ou de mots-clés (et des résultats eux-mêmes accessibles sous forme de listes « à plat »). On relit souvent, trop rapidement à y réfléchir, les techniques de cartographie et les questions de l’augmentation de nos capacités d' »interprétation » des données, voire d » »évaluation » ou de « décision ». Entre les deux, se loge le principe-même de la spatialisation des données et de cette gymnastique de l’association spatiale et logique qui ouvre sur regard nouveau et transversal sur les corpus ou les domaines d’informations cartographiés, comme « vus du haut » ou mis en perspective.

IV) Le patrimoine des données qualifiées. Un projet cartographique dans une organisation rend d’abord compte de la qualité et de l’énergie dépensée au long d’un difficile travail de remise à jour, de corrections, d’ajouts, de modifications, de migrations successives réussies des données natives. L’expression d’information farming transcrit bien l’idée que ce n’est pas tant dans la puissance de calcul d’un système ou sa supposée « couverture » en « masses de données » que réside la valeur d’un patrimoine informationnel mais bien dans les procédures d’enrichissement et de remise à jour des ressources, dans la chaîne (souvent manuelle) de traitement de l’information (formalisée explicitement ou non, enrichie de modules automatiques ou non). C’est pourquoi, dans l’organisation où il intervient, le cartographe se tourne spontanément vers tous ces espaces périphériques au « système d’information » où se concentrent les usages quotidiens : le tableau Excel de la secrétaire, du chargé de mission, de l’ingénieur d’étude, du veilleur ou du bibliothécaire qui grandit jour après jour et se voit adjoindre des colonnes (donc des métadonnées exploitables cartographiquement) pour répondre à une question ponctuelle ou satisfaire des usages émergents d’un client ou de sa direction. La cartographie d’information peut-être considérée comme une forme de migration des données d’un état à un autre et, de ce point de vue, il apparaît logique qu’un cartographe soit particulièrement attentif aux capacités d’une organisation à exercer cette souplesse autour des données natives (migration, interopérabilité, reindexation, extraction de BDD ou mise en place d’une A.P.I….).

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S’il fallait tirer une leçon de la pratique de la cartographie de l’information, c’est que le bien le plus précieux des organisations réside le plus souvent là où se concentre l’information qualifiée, autrement dit dans les multiples façons dont sont mobilisées des compétences humaines (pour être plus précis : reconnues et valorisées dans les organisations). Cela paraîtra évident ou incontournable (par exemple pour un veilleur ou un documentaliste) mais il n’est pas sûr que, au-delà, cette conclusion s’impose à tous dans les organisations (notamment en termes d’investissement). Ce n’est pas à la masse d’informations traitées par un système (la « couverture des sources »), ni pour « l’intelligence » dans l’analyse du « sémantique » ou la pertinence des « solutions pour le knowledge management » qu’il faut évaluer un système informationnel mais à son espace de diffusion, à son degré d’appropriation, à la façon dont il permet de capitaliser l’expérience localement et, éventuellement, de la partager via sous forme de réseaux ouverts. Bien des formules restent encore à inventer où se marieraient de façon originale le travail de qualification interne et des solutions informatisées, par exemple dans le domaine de la veille ou de la recherche, distribution de l’expertise et modules de traitement automatique. Malgré les difficultés techniques qu’elle suppose, la cartographie constitue l’une de ces formules mais toutes, à l’évidence, placeront l’expertise au cœur du développement technologique.

V) La cartographie connectée. En un sens, la cartographie de l’information n’a guère évolué en ses principes depuis les apports de Solla Price en bibliométrie sur la représentation de patterns, les enseignements de Jacques Bertin sur la sémiologie graphique ou les travaux d’E. Tufte. La mobilisation de la théorie des graphes, notamment, ne constitue pas une nouveauté en matière d’analyse de grands corpus documentaires. Ce qui a profondément évolué, en revanche, c’est l’univers dans lequel prend place aujourd’hui la cartographie de l’information, celui des réseaux d’informations avec lesquels elle doit dialoguer (faute de rester un exercice purement formel). Dans les univers connectés, les compétences en matière de data processing deviennent un enjeu essentiel et, de nos jours, un cartographe passe peut être autant de temps à développer toute cette tuyauterie analytique qui permet aux données de circuler entre différents types de traitements qu’à produire les cartes elles-mêmes. Au-delà de ses qualités intrinsèques (par exemple la pertinence d’une vue sur les données cristallisée sous forme de poster), la cartographie peut aussi être évaluée en fonction de la nature, du nombre ou de la complexité des opérations de transformation des données qui vont migrer d’un support ou d’un format à l’autre dont elle n’est, finalement, qu’un pivot ou une étape dans les chaînes de traitement de l’information. L’intensité et la richesse des connexions qu’elle tisse avec les environnements informationnels dépendent de nombreux paramètres, à commencer par celui du rassemblement des sources internes dans une organisation, sans parler de leur en format commun. Mais le mouvement lent et continu vers « l’interopérabilité » des données dans les grandes organisation notamment est inéluctable. On devine déjà quelques-uns des aspects qui vont venir bouleverser les pratiques et les routines actuelles de gestion de l’information, notamment la capacité pour la cartographie (mais aussi plus largement pour tous les systèmes d’information) d’intégrer le temps réel, la gestion des flux et du multi-sourcing, le mapping des réseaux sociaux à grande échelle, le traitement des archives ou la géolocalisation.

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La cartographie de l’information représente donc un pivot dans les nombreuses chaînes de traitement de l’information que l’on peut imaginer, depuis l’amont (le système d’information) jusqu’à l’aval des usages et des contextes d’utilisation. Parler comme ici des modalités d’interaction entre données d’un côté et usages ou interfaces de l’autre, c’est souligner de fait les deux écueils majeurs auxquels la cartographie est confrontée : une ingénierie des systèmes informatiques fermée sur elle-même et tournée essentiellement vers des problématiques d’optimisation des calculs ou de l’architecture (sous la forme éventuelle de « Directions aux Systèmes Informatiques » bunkerisées dans les organisations) et, de l’autre côté, les fameuses « infovis » ou « dataviz » (voire le « dataporn ») qui relèvent le plus souvent de l’exploit esthétique momentané, sans pérennité ni soucis de l’accès aux informations représentées. Les enseignements du web classique ou « 2.0 » sont pourtant là : dans les univers informationnels contemporains, la plus-value vient essentiellement des fonctionnalités successives de manipulation des données (enrichissement, croisement, réplications) et qui s’agrègent au cours du temps. A l’heure des réseaux distribués et ouverts, la data-processing est devenu peut être plus important que les « briques » technologiques elles-mêmes prises isolément. Et quiconque réussit à « faire dialoguer » ou à construire des « passages » entre données native archivées et interfaces et contextes d’usages s’ouvre des pistes manifestes d’innovation.