Je reviens quelques instant sur le programme annoncé dans le post l’U.T.C. sous toutes les coutures. L’objectif de nos expérimentations actuelles visent plusieurs objectifs qui ne se limitent à des questions de visualisation de graphes. Il s’agit de concevoir un système d’information global qui exploiterait différents silos informationnels. Bon, c’est l’objectif et je me doute des difficultés pour pouvoir le développer…enfin si l’on néglige les compétences et l’enthousiasme des étudiants de l’U.T.C. Par ailleurs, un certain nombre de modules du système envisagé sont potentiellement opérationnels ainsi que la disposition d’un nombre significatif de données. Enfin, différents projets plus anciens dont j’ai parlé dans ce blog pourront inspirer la démarche:

La cartographie dans les organisations: quelques enseignementsLe Design stratégiqueLinkedBySkillsLa Carte des I.R.T. et de B-com par l’Atelier IcebergLe véhicule autonomeExpédition cartographique dans l’univers des brevetsCartographier des territoires innovantsCartographies et mesures de la scienceLes Technologies-Clés 2015

Dans ce cadre, il est bon de rappeler l’esprit du projet. Il ne s’agit pas de reproduire les systèmes existants, efficaces en interne pour la gestion des informations administratives et/ou utiles en termes d’affichage public. L’objectif est de proposer aux usagers internes à notre université un système d’information en ligne avec des outils de search classiques et branchés sur plusieurs silos informationnels. Il s’agit donc d’un système destiné à valoriser le patrimoine informationnel de l’université, notamment les informations produites pour et par les étudiants, actuels et/ou anciens. Evidemment, sur ce point, les problèmes d’accès aux informations reste un problème central: les brevets, les publications scientifiques et une bonne partie des documents associés à la vie des laboratoires sont accessibles sur le web. Par contre, le recueil des données sur les étudiants et l’inscription aux enseignements semestre après semestre pose plus de difficulté. Dans ce cas, on ne peut qu’associer les étudiants et/ou leurs représentant à la démarche du projet.

L’autre dimension du système envisagé consiste à associer à chacun des silos informationnels une série d’indicateurs qui manifestent certaines de leurs propriétés. Il s’agit d’un système d’information enrichi de nouveaux services dans une perspective de valorisation du patrimoine informationnel de l’école. Le principe peut être illustré de bien des façons. Par exemple, dans le cas des publications scientifiques de l’U.T.C., on peut calculer différents indicateurs de notoriété (via les citations à différentes échelles), la centralité (ou le degré de pluridisciplinarité), les thématiques abordées à l’échelle d’un établissement ou d’un laboratoire, les coopérations (internes ou externes), etc. Le rythme des remises à jour dépend de la nature du silo informationnel (annuel pour les brevets, les publications, les projets ANR ou autres…), semestriel pour les données étudiants, hebdomadaire si l’on veut archiver des données d’usage…le tout, de façon manuelle et/ou automatique. Il est ici important de souligner à nouveau dans ce blog que la validité d’un indicateur ne dépend pas seulement de la qualité des data mobilisées et des solutions graphiques retenues: il dépend de la pertinence perçue par la communauté productrice d’informations. Les acteurs de l’université, des experts que sont les chercheurs aux étudiants, doivent être associés d’une façon ou d’une autre à la mise en place des indicateurs.

Ce principe de design participatif est essentiel si l’on veut éviter deux excès, sachant que les enjeux autour de la maîtrise des données sont souvent stratégiques pour les organisations. Le premier, et qui inquiète souvent, est celui d’une libération massive des données de façon publique et incontrôlée. La bonne échelle, selon moi, est locale à l’échelle des communautés composant une école ou une université. De là, on peut souhaiter une fédération succession des projets et de façon stratégique. Personnellement (mais je ne suis pas seul à le penser), on peut envisager de déployer une démarche similaire à la notre dans les deux autres universités de technologie (Troyes et Belfort-Monbéliard). Chacun s’est rendu compte que derrière le déploiement d’un système d’information réside une vision politique en termes de développement et de territoires. L’autre excès, que je connais mieux, consiste à mobiliser les silos de données pour décider, évaluer, orienter une politique universitaire sans jamais communiquer publiquement sur le processus auprès des communautés concernées. Ou alors seulement sur les résultats, et de façon tellement parcimonieuse que l’on se demande d’où ils viennent. Evidemment, la démarche que nous entamons pose des questions de fond aux différences services en charge des données, depuis les D.S.I. (Direction aux Systèmes d’Information), les directions générales, la direction à la recherche ou services de communication externe. Mais la révolution des données dans les organisations arrive et il serait bon de s’en emparer maintenant plutôt que d’attendre demain…que des géants de l’information s’emparent, là aussi, de données produites par une foule d’acteurs dépouillés e leurs prérogatives.

Un premier recensement fait apparaître la variété des sources d’informations dans une école comme l’U.T.C. Les 3 groupes de sources retranscrivent les 3 grands grands processus de production de documents ou de traces numériques, donc traitables dans un système. Ils répondent à la classification générale des fonctions d’une université ou d’une école d’ingénieurs: enseignement, recherche, innovation. Il s’agit d’une version temporaire car tous les silos potentiels n’ont pas encore été repérés dans notre université.

TableauSilos

La troisième catégorie m’intéresse particulièrement, comme accompagnateur de startups du numérique mais aussi comme cartographe, et peut-être même comme citoyen tout simplement. Au delà des discours de promotion, les questions d’innovation et de création d’entreprises méritent d’être traitées sous l’angle d’une observation minutieuse, quand les données sont accessibles. La cartographie et l’étude des mécanismes des écosystèmes d’innovation en territoire va retenir de en plus mon attention: non seulement pour argumenter le concept (la notion d’écosystème d’innovation pouvant être l’objet de conceptions très différentes) mais aussi analyser finement les voies par lesquelles la création d’entreprises est soutenue par différentes politiques publiques (le système d’aides en particulier). Les silos d’informations exploitables sont donc nombreux et divers dans les organisations et il est grand temps d’ouvrir la question dans nos écoles et nos universités. L’irruption des data sciences dans les organisations, dès qu’elle se manifeste, impacte logiquement les services et les acteurs dans les processus de management au sens global. La gestion des compétences et des formations, les aspects décisionnels et prévisionnels d’une politique d’établissement et le rôle des services informatiques sont clairement interrogés par ce type de démarche. Une nouvelle politique numérique dans les organisations s’impose, surtout en France où le retard est criant. Au risque d’être débordé, puis dépassé…